L'épyphylogenèse

est un concept élaboré par le philosophe et anthropologue français Bernard Stiegler. Ce terme est issu de la théorie de la technique et de l'évolution humaine.



Pour résumer, l'épyphylogenèse se réfère à l’idée selon laquelle les techniques et les outils créés par les êtres humains forment une sorte de "mémoire extérieure", qui évolue au fil du temps parallèlement à l'évolution biologique. Contrairement aux génomes, qui transmettent l’information biologique, les techniques (comme les outils, les technologies, les formes de culture) transmettent une information externe, qui influence les comportements, la pensée et les pratiques humaines sur plusieurs générations.


Stiegler place donc l’épyphylogenèse au centre de l’évolution humaine : elle représente la façon dont l'humanité se transforme en développant des techniques et des connaissances, et en les intégrant à son mode de vie et à sa culture.


1. L'Antiquité : espace comme ordre cosmique

  • Platon décrit l’espace dans le Timée comme une "chôra", une sorte de réceptacle ou de contenant pour les formes, sans substance propre mais nécessaire pour que les choses aient un lieu où exister.
  • Aristote voit l’espace comme une topos (lieu), lié à la matière, où chaque chose occupe une position relative aux autres dans un cadre ordonné. Pour lui, l’espace est intrinsèquement lié aux objets physiques et ne peut exister indépendamment d’eux.

2. La pensée médiévale : espace et théologie

  • Dans la philosophie médiévale, notamment chez Thomas d’Aquin, l’espace est souvent conçu à travers un prisme théologique, où l’idée d’espace est liée à celle du cosmos comme création divine. L’espace est perçu comme subordonné aux plans divins et comme étant fini.

3. L'époque moderne : l’espace absolu et relatif

  • René Descartes contribue à la vision mécanique de l’espace en le concevant comme une étendue tridimensionnelle. Pour lui, l’espace et la matière sont liés, et l’espace est infini et homogène.
  • Isaac Newton introduit la notion d’espace absolu, distinct des objets qu’il contient. Dans cette vision, l’espace existe indépendamment de toute matière, comme un cadre vide et inerte dans lequel les corps se déplacent.
  • À l’inverse, Gottfried Wilhelm Leibniz soutient une vision relationnelle de l’espace : il existe uniquement dans les relations entre les objets, n’ayant pas d’existence autonome. Pour Leibniz, l’espace n’est pas une entité en soi mais un réseau de relations.

4. La révolution kantienne : espace comme forme de l'intuition

  • Immanuel Kant révolutionne la conception de l’espace en affirmant qu’il est une forme de notre sensibilité. Dans la Critique de la raison pure, Kant considère l’espace non comme une réalité extérieure, mais comme une condition a priori de notre expérience du monde. L’espace est la structure mentale par laquelle nous percevons le monde, une forme intérieure à l’esprit humain, rendant possibles toutes les expériences sensibles.

5. La phénoménologie : espace vécu et perception

  • Edmund Husserl et Maurice Merleau-Ponty redéfinissent l’espace à travers l'expérience subjective et corporelle. L'espace devient ici le monde perçu, vécu à travers le corps. Merleau-Ponty en particulier explore l’espace comme un champ dans lequel le sujet s’engage, où le corps joue un rôle central, une conception qui rejoint l'idée d'un espace "vécu".
  • Martin Heidegger, dans Être et Temps, propose une distinction entre l’espace objectif et l’espace d’existence. Pour lui, l’espace est structuré par notre être-là (Dasein), et il est donc plus pertinent de parler d’un "être dans le monde". L’espace est toujours lié à notre manière de vivre et d’habiter le monde.

6. Les approches contemporaines : espace social et hétérotopies

  • Henri Lefebvre dans La production de l’espace, analyse l’espace comme une construction sociale. Pour lui, l’espace n’est pas neutre ni statique, mais est produit par des dynamiques économiques, politiques et sociales. Lefebvre montre que chaque société crée son propre espace en fonction de ses valeurs et de ses besoins.
  • Michel Foucault propose le concept d’hétérotopie, des espaces autres où les règles normales de la société ne s’appliquent pas, comme les prisons, les hôpitaux ou les cimetières. Ces espaces révèlent des dimensions cachées de la société et offrent des contre-modèles à l’espace normatif.

7. L’espace en physique moderne et la relativité

  • Bien que la question dépasse le domaine philosophique pur, des philosophes se sont interrogés sur les implications des théories de la relativité d’Einstein, où l’espace et le temps sont intégrés dans un même continuum espace-temps. Cette vision influence aussi des philosophes contemporains en questionnant la nature même de l’espace tel que le percevait Kant, remettant en cause l'idée de l'espace comme cadre stable et invariable.